Caractères draveillois
Draveil-Résistance

Théma
Notre devoir de mémoire
SOI et Camp de la Paix de Mainville, pépinières de résistants
Dès 1933, on savait
Volontaires de la Guerre d‘Espagne
Les Fusillés du 30 avril 1944 à la prison de la Santé
La Mutinerie du 14 juillet 1944 à la prison de la Santé. Témoignage
Du nouveau sur la Libération
de Draveil [1]
[2]
Déportés, Internés de Draveil [Cartes]
Déportés, Internés, Résistants de 1939-1945, Draveil
Déportés, Internés de Vigneux [Cartes]
Déportés, Internés, Résistants de 1939-1945, Vigneux
Jeunesse résistante Draveil Vigneux
Exposition "Draveillois(es) en Résistance"
Exposition " Parcours Santé "
Concours National Résistance Déportation
1908 - Les Grèves de Draveil-Vigneux

 

Notices biographiques
• AUCLAIR Marcelle
• BERNIER Mauricette
• BIANCHI Sonia
• BRÉANT Geneviève
• BROSSARD Pierre
• BRU Léon
• CAZIN Marcel
• CHADEL Julien
• DEGUÉRET-LEBERRE Simone
• DEGUÉRET-PAYEN Suzanne
• DE WITTE
DREYFUS Georges
• Colonel FABIEN
• GEORGES Pierre (Colonel FABIEN)
• GERVAIS Sylvain
GUEGUEN-DREYFUS
Georgette [1]
[2] [3] [4]
HAZEMANN Jean-Jacques [1] [2]
• HAZEMANN Robert-Henri
• HANSEN-ROTENSTEIN Geneviève
JEUNON Jacqueline [1] [2]
JEUNON (Famille) [1] [2-Morning Star]
JEUNON Madeleine
JULIAN Camille
• JULIAN Fernand père
JULIAN Fernand fils
• LAFARGUE Paul

LE BAIL René
LE BERRE Maurice
• LEJEUNE Adrien
• LE LAY Antonine dite "Julienne"
• LE LAY Désiré
LEROY André
• LEROY-RODRIGUEZ Geneviève
• LINARD Marcel
• MAHN Berthold
MANGIN-SOUCHE Lucienne
• MARX-LAFARGUE Laura
• MARZIN Madeleine
• MATHA Armand
MATHIS-NOYER Émilie dite «Lili»

• MENVIELLE Charles
• MOREAU Germaine
• NOYER Paul
• OUZOULIAS Albert
• PASDELOUP Auguste
PAYEN Roger [Sommaire] [1] [2] [3] [4]
• PICARD R.
• PIECK Wilhelm
• PRÉVOST Alain
• PRÉVOST Jean
• PRÉVOST Michel
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Georges DREYFUS

2 avril 1901- 30 août 1944

   
   
Georges DREYFUS
   
 

Né le 2 avril 1901 à Vesoul (préfecture de la Haute-Saône), décédé le 30 août 1944 à Neuillay-les-Bois (Indre) lors d’une embuscade des « Hindous » de la colonne Elster pendant une mission. Résistant FTP, officier d’État-major, il a le grade de capitaine FFI dans l’armée de la Résistance intérieure, la Croix de guerre et la Légion d’Honneur.

Avec ses amis d’enfance de Vesoul Georges COGNIOT, futur normalien, et Jean LODS, le futur cinéaste d’avant-garde, il s’engage très jeune dans le mouvement social. Tous trois deviennent des militants communistes.

Début 1933, en compagnie de Jean LURÇAT, de Fernand GRENIER et de Paul VAILLANT-COUTURIER, il lance et développe la revue Russie d’aujourd’hui, publication des AUS (Amis de l’Union Soviétique ). L’historien Claude WILLARD dira de cette organisation : « Cette Association a joué, dans la genèse du Front populaire et dans une meilleure connaissance de l’URSS, un rôle de premier plan, jusqu’à présent ignoré ou sous-estimé ».

Georges DREYFUS est élu conseiller municipal en 1935 à Draveil, l’une des premières municipalités communistes du Front populaire. Initiateur politique, il assure la formation politique du Parti et de la jeunesse lors de nombreuses conférences.

Membre du SRI (Secours Rouge International), il s’engage dans les Brigades internationales et part pour l’Espagne le 24 octobre 1936.

Par décret du 26 février 1940, avec quatre autres élus communistes, il est déchu de son mandat de Conseiller municipal de Draveil, pour son refus de signer un engagement de renoncer à la politique. Ils seront réhabilités à la Libération.

Interné politique par la police française pour fait de résistance, il est ensuite libéré et entre dans les maquis FTP de l’Indre, comme un autre Draveillois, Julien CHADEL.

Fondateur du Front national (le vrai Front National de lutte…) de l’Indre(17), Georges DREYFUS en devient le secrétaire puis le président d’honneur. Sa femme Georgette GUÉGUEN-DREYFUS, écrivaine, maquisarde et journaliste, dirigera le secrétariat du Front national dans ce département.

Il trouve la mort le 30 août 1944 dans les combats de la Libération au cours d’une mission au moment du repli de la colonne Elster.

 
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***
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Georges DREYFUS naît le 2 avril 1901 à Vesoul, préfecture de la Haute-Saône, dans une famille juive. Comme tous les jeunes du Nord et de l'Est de la France, il est marqué par les atrocités de la guerre de 1914-1918.

Une amitié le lie dès l'enfance à Georges COGNIOT (1), normalien catholique, et à Jean LODS (2), cinéaste d'avant-garde protestant, également originaires de Vesoul. Leurs spécificités religieuses ne feront jamais obstacle à leur amitié. Tous trois s'engagent dans le mouvement social et deviennent des militants communistes. En ce début de XXe siècle, le choc n’est pas entre les civilisations ou les religions, mais entre les classes sociales. Georges COGNIOT dira à ce sujet (3) :

« …j’ai toujours vécu avec mes camarades non catholiques dans la même intimité que s’ils eussent été mes coreligionnaires. Il ne me venait pas à l’esprit qu’ils puissent être différents de moi, et l’idée qu’un homme pouvait avoir à pâtir de sa religion était entièrement absente de mon univers spirituel ».

Dès sa jeunesse, Georges DREYFUS montre un vif intérêt pour la Révolution russe. En 1921-1922, avec Georges COGNIOT, son camarade d'études depuis les petites classes, il prend une part active à la campagne de solidarité avec les victimes de la famine dans le bassin de la Volga. Ils projettent de donner une conférence avec projection au théâtre de Vesoul. Georges COGNIOT raconte cet épisode de leur jeunesse (3) :

« Avec mon ami Georges DREYFUS, un plan de bataille fut dressé.

Georges DREYFUS était mon ancien camarade du lycée Gérôme ; je le voyais le dimanche chez son amie Georgette GUÉGUEN, la future romancière. C’est là aussi que je fis connaissance d’une cousine de Georges, fille d’un petit bijoutier de Besançon, qui était mort ruiné. Un peu plus jeune que moi, Renée séduisait par sa beauté. Je devais l’épouser en 1923…

Tous les quatre, nous travaillions à mobiliser l’opinion vésulienne pour l’aide aux affamés. Il fallait intéresser les notabilités, les négociants, l’archiprêtre, le pasteur ; ce fut fait sans trop de peine. Je demandai un rendez-vous à Jules JEANNEREY, sénateur de la Haute-Saône, ancien ministre, et je me rendis avec DREYFUS à son appartement du Champ-de-Mars…

Malgré le refus de JEANNEREY de patronner notre entreprise, le soir de ma conférence, le théâtre de Vesoul était archicomble. La recette fut magnifique. C’était une cousine de Georges DREYFUS, l’avenante Yvonne DREYFUS, fille d’un importateur de café, qui faisait la quête…

Tous les hommes de cœur étaient révoltés, à l’époque, par les marchandages du gouvernement de Paris, qui, en échange de quelques secours aux affamés, voulait obtenir des Soviétiques la reconnaissance des dettes du régime tsariste et du gouvernement provisoire… Dans la presse et au parlement, les communistes ont dénoncé la machination, et ils ont réussi à transformer l’aide aux affamés de la Volga en un mouvement de masse pour la transformation des rapports franco-soviétiques ».

Après des études universitaires d'ingénieur-chimiste, Georges DREYFUS occupe le poste de sous-directeur d'une usine de papier appartenant à un parent (4).

DREYFUS est alors amené à déménager en Région parisienne. Un rapport de police note sa présence le 15 juillet 1931 à l'assemblée générale des Rabcors réunie salle de la Bellevilloise dans le XXe arrondissement de Paris. Il habite alors 13 quai de l'Industrie à Athis-Mons (Essonne) (4).
Le secours Rouge International, dont il est membre, lui demande de camoufler chez lui un ouvrier métallurgiste pourchassé. C'est lui qui fera adhérer Georges et son épouse Georgette GUÉGUEN au Parti communiste en 1933.

Le couple déménage ensuite à Draveil et loue une partie du pavillon de Fernand JULIAN, 5 allée des Deux-Cèdres à Paris-Jardins.

Georgette GUÉGUEN-DREYFUS

Dans ce même pavillon sont hébergés trois réfugiés politiques allemands. Chassés dès 1933 par l'arrivée au pouvoir d'HITLER, Karl, Helmut et Yup passent quelques mois chez Roger et Suzanne PAYEN, au 1 rue Jean Jaurès à Draveil, vivant de petits boulots fournis par les camarades. Puis ils s'installent dans le pavillon des JULIAN où Roger PAYEN décore leur logement d'une fresque. Deux de ces Allemands, Karl et Helmut partiront dès début octobre 1936 comme volontaires dans les Brigades Internationales, avec 5 Draveillois.
Georges et Georgette hébergent dans leur logement une petite émigrée allemande de dix ans, Annelise.

Commence alors l'aventure de la publication de Russie d'aujourd'hui, revue de l'association des Amis de l'Union Soviétique (AUS).

L’aventure de Russie d’aujourd’hui et des AUS

En compagnie de Jean LURÇAT, Fernand GRENIER et Paul VAILLANT-COUTURIER, DREYFUS assure le développement de la revue, de son lancement début 1933 jusqu'au 24 octobre 1936, date de son départ pour les Brigades internationales.

La forte croissance de la revue de 1933 à 1936 reflète le développement de l’intérêt pour la connaissance de l’URSS. Le premier numéro sort en janvier 1933, tiré à 12 000 exemplaires par l’Imprimerie de la Maison des syndicats à la Grange-aux-Belles. À la fin de cette même année, le tirage atteint 27 000 et 136 000 au moment du Front populaire.

L’association française des AUS avait été crée quelques années auparavant, en janvier 1928. Pour le 10e anniversaire de la Révolution d’Octobre, en 1927, les syndicats soviétiques avaient invité pendant un mois près d’un millier de délégués de tous les pays, dont 180 Français. Sur la proposition de Henri BARBUSSE et de l’Allemande Clara ZETKIN, les délégués de tous les pays avaient décidé de constituer dans chaque pays des associations d’amitié avec l’Union Soviétique. L’association française, dont les fondateurs sont notamment Henri BARBUSSE et Paul VAILLANT-COUTURIER, se met en place début 1928. Fin 1932, elle compte 4 400 adhérents, pour atteindre 70 000 fin 1936. Henri BARBUSSE restera son président d’honneur jusqu’à son décès à Moscou le 30 août 1935. Romain ROLLAND prend alors sa succession.

De l’AUS, l’historien Claude WILLARD dira (5) : «… Cette Association a joué, dans la genèse du Front populaire et dans une meilleure connaissance de l’URSS, un rôle de premier plan, jusqu’à présent ignoré ou sous-estimé ». La présence de Georges DREYFUS, personnage très politique, aux AUS, à ce moment-là, conforte ce point de vue. Il semblerait d’ailleurs qu’il ne se trouvait jamais en un lieu par hasard.

Lors du IIIe Congrès de l’AUS, les 21 et 22 septembre 1933 à la Bellevilloise, Georges DREYFUS présente un des quatre rapports, « L’URSS en 1933 », le rédacteur en chef Jean LURÇAT fait le bilan pour la revue Russie d’aujourd’hui, Fernand GRENIER présentant « l’activité générale et les finances » des AUS. DREYFUS écrit dans la revue sous le nom de DUFRENNE.

En 1932, Jean LURÇAT n’a pas encore acquis sa notoriété de rénovateur de l’art de la tapisserie contemporaine. Alors qu’il vit dans la gêne, il apporte chaque jour son concours bénévole à Russie d’aujourd’hui. Il travaille chaque matin dans son atelier-appartement Villa Seurat dans le 14e et se rend chaque après-midi au siège des AUS. Né en 1892, il a alors 40 ans.

Sa présence comme rédacteur en chef de la revue avait été sollicitée par Fernand GRENIER sur les conseils de Paul VAILLANT-COUTURIER. En 1933, l'année même du début de sa collaboration à Russie d'aujourd'hui, Jean LURÇAT inaugure ses réalisations sur métier à tisser. Ses premières tapisseries (1915-1932) sont exécutées au point sur canevas. L'Orage sera tissé à Aubusson sur métier de basse lisse, puis Les Illusions d'Icare seront tissées en haute lisse à la Manufacture nationale des Gobelins.

Son œuvre de peintre-cartonnier (800 pièces tissées de 1940 à 1962) et son action à la tête de l'Association des Peintres-Cartonniers de Tapisserie marquent la renaissance de l'art textile monumental. Ses thèmes seront souvent engagés, sa préoccupation étant manifestement la libération humaine.

Jean LURÇAT, 1957, L'Homme en gloire dans la paix Colloque "Jean LURÇAT et la renaissance de la tapisserie à Aubusson", 1992, Musée départemental de la Tapisserie Jean LURÇAT, 1954, Hommage aux morts de la Résistance et de la déportation, Ateliers Goutely et Picaud, Aubusson

Fin 1936, Jean LURÇAT reçoit sa première commande des Gobelins, Les Illusions d’Icare. Sa charge de travail s'accroît, il ne peut plus apporter la collaboration quasi-quotidienne qui avait été la sienne depuis 1933. Il est alors remplacé par André WÜRMSER comme rédacteur en chef de la revue Russie d'aujourd'hui.

Son compagnon Georges DREYFUS avait quitté un peu plus tôt la revue et les AUS pour cause d'engagement dans la guerre d'Espagne.

Jean LURÇAT connaissait Draveil, des militants communistes ont fait sa connaissance chez Sylvain GERVAIS.

Avant la mitraillette, la machine à écrire

À Draveil, Georges assure la formation politique des militants. Roger PAYEN, jeune communiste, suit son enseignement (16) :

Georges DREYFUS était au Parti, il faisait des conférences. Il était le formateur, pas un, LE formateur des Jeunesses à Draveil. C’est lui qui venait dans la maison du père TRIOULLIER quand on faisait des réunions de jeunes, puis qui a continué après jusqu’au temps où on a eu la barraque de L'Oseraie [1936]. On a toujours été liés, puis après, il n’y a que la guerre qui nous a séparés.

C’est lui qui nous a fait appréhender, lire, étudier davantage MARX et d'autres. C’était l’initiateur politique, avec des formules que je réentends souvent, « La philosophie sans la lutte, c’est aller à la défaite ». MARX, c’est DREYFUS qui nous l’a mis dans la tête.

C’était un gars particulièrement attachant à tous les points de vue.

Camille JULIAN se souvient aussi de ce camarade (6) :

En 1934, au moment des ligues fascistes, DREYFUS nous avait dit : «une machine à écrire, ça vaut une mitrailleuse». Au début de la guerre, nous nous en sommes souvenus. Le père LINARD était un bricoleur, il a fait un trou dans un mur de son pavillon pour cacher la machine à écrire. Après ça, il a dû la donner au Parti.

En 1934, DREYFUS nous faisait des cours de marxisme et on a formé des comités antifascistes, j'étais dans un de ces comités. Et j'étais secrétaire du Comité antifasciste de la Monnaie, où je travaillais. J'ai été secrétaire de cellule de la Monnaie, aussi.

Durant les années précédant la guerre d’Espagne, Georges et son épouse font de longs séjours en URSS. Georgette GUÉGUEN-DREYFUS, écrivaine, écrit un roman, Tu seras ouvrier, qui est publié en feuilleton dans l'Humanité. Il est ensuite édité en 1935 par les Éditions sociales internationales, préfacé par Romain ROLLAND et illustré par Frans MASEREEL. La traduction du livre en russe et sa publication permettent au couple de passer plusieurs mois en URSS vers 1936 (7).

Aux élections municipales des 5 et 12 mai 1935, Georges DREYFUS est élu conseiller municipal. Le score de ces élections est sans appel : sur 23 conseillers élus, 18 communistes, 5 socialistes. La commune confirme sa réputation, on l'appelait alors «Draveil-la-Rouge». L'application des «décrets-lois» de misère avait amené la constitution en janvier 1935 d'un «front commun» qui deviendra le «Front populaire» revendicatif et antifasciste le 28 juin 1935. Toute la Région parisienne prend des couleurs. Le nombre de municipalités communistes passe de 9 à 26 dans la Seine, de 6 à 29 en Seine-et-Oise.

Au Conseil municipal du 17 mai, sont élus à l'unanimité des 23 conseillers, maire : Gaston VERNETTI, 1er adjoint : Léon BRU, 2e adjoint : Jean TRIOULLIER, 3e adjoint : Henri CATINOT, tous communistes.

Le 29 juin, le lendemain de la proclamation du «Front populaire», la presse réactionnaire (9) se demande combien a coûté la bannière rouge posée au balcon de la mairie lors de la Fête communale et ce qu’a coûté la peinture rouge des perches municipales. Sans doute pas plus que du tissu blanc et de la peinture blanche, et Draveil justifie ainsi son suffixe. La même presse (10) s'indigne encore d'entendre dans les rues de la ville des groupes de jeunes gens et jeunes filles crier «Les soviets partout ! » sur le trajet les menant de la gare de Juvisy jusqu'au Camp de la Paix.

 

Papillon mural de la Jeunesse communiste,
région Paris-Ville, 1935.

(soviet = conseil de délégués)

Collection A. GESGON

 

Le Camp de la Paix de Mainville est en effet un des acquis de cette municipalité de «Front populaire». On lira dans d'autres pages de ce site comment ce Camp a joué un rôle dans le développement de la Résistance, dans la formation des Bataillons de la Jeunesse (voir notamment SOI et Camp de la Paix, notices sur Maurice LEBERRE et sur le Colonel FABIEN).

Au bilan de cette municipalité se trouve entre autres acquis la création du dispensaire municipal inauguré le 1er août 1936. En ce début de 2004 où une droite extrême gouverne la France, la population, avec son élu communiste Jean-Pascal BONSIGNORE, se bat pour conserver ce centre de santé qui a permis à plusieurs générations de Draveillois de se soigner dans de bonnes conditions.

Adieu Mahora

Le 24 octobre 1936, Georges quitte Russie d'Aujourd'hui, les AUS et Draveil pour rejoindre les Brigades internationales où il part sous les ordres de DECAUX. Réformé de l’armée française pour raison de santé, il assume d'abord des responsabilités politiques et administratives au SRI d'Albacète (Secours Rouge international). (11).

En avril 1937, il est nommé secrétaire du Centre de rééducation des mutilés dans le château de Mahora, à quelques kilomètres d'Albacète, dans la Mancha, le pays de Don Quichotte. À Mahora, Georges est Délégué politique, il a en charge la vie culturelle du centre.

 

« De l'extérieur, le château de Mahora a l'air d'une prison : tour carrée, murs épais crénelés, barreaux aux fenêtres, mais rien ne peut influencer le moral des volontaires qui ne demandent qu'à se battre le plus vite possible. Exercices militaires, conférences, entraînement intensif : les journées sont bien remplies.

Dans ce village de Mahora, ont été formés le bataillon "Paris" que les Volontaires ont vite fait de rebaptiser "Commune de Paris" et le bataillon polonais "Dombrowski" qui rappelle aussi la Commune »…

Georges DREYFUS, décembre 1936

Château de Mahora

Dès son départ dans les Brigades, Georges tient son journal, écrit des poèmes. Après la guerre, Georgette rassemble ces notes ainsi que des témoignages d'amis de georges, combattants dans les Brigades, en vue d'écrire un roman sur la Guerre d'espagne. Avant son décès, elle n'aura que le temps de mettre en forme ces récits dans un manuscrit inédit titré "Adieu Mahora"(19).. Georges dédie ce travail à ses compagnons :

À tous les Volontaires qui ne demandèrent
que l'honneur de lutter et de mourir pour la liberté
dans les Brigades internationales en espagne.
**************************************************
Je vous chanterai tous
Ceux de "Commune de Paris"
Les combattants de la Casa de Campo
Ceux de la 14ème qui passèrent
L'Ebre à la nage
Ô vous, mes compagnons d'espagne
Car votre défaite
Fut une épopée.

Georges DREYFUS
Châteauroux le 4 juillet 1944

Georges rentre à Paris le 13 novembre 1938, avec le bataillon "Commune de Paris", lorsque les survivants des Brigades sont rappelés en France. Une foule immense accueille les Brigadistes.

 

Ouvrage offert aux militants des Jeunes Filles de France et des Jeunesses Communistes de Draveil par Georges DREYFUS à son retour d'Espagne.
La 14e Brigade, «La Marseillaise», une des cinq Brigades internationales, regroupe les combattants de langue française dominante.
Collection Roger PAYEN

Après quelques mois de chômage, Georges DREYFUS entre au Palais de la Découverte, section « Espace », au début de l'année 1939. Il passe là quelques mois, heureux dans son élément, la science et la philosophie. (18).

La Résistance

Au moment de l'entrée en guerre, l’armée annule sa réforme et l'envoie dans l'artillerie à Vannes.

Suite à la loi de déchéance du 21 janvier 1940, Georges DREYFUS, ainsi que 4 autres conseillers municipaux communistes de Draveil, est déchu de ses fonctions électives. L'article 1 de cette loi (signée notamment par DALADIER le Munichois) stipule :

«Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé.»

Le 26 février 1940, le Conseil de Préfecture de Seine-et-Oise déclare déchus de leur mandat de Conseillers municipaux : Yves PERRON, Marcel CAZIN, Henri CATINOT, Georges DREYFUS, Charles MENVIELLE. Ils seront réhabilités, les survivants seront rétablis dans leurs fonctions à la Libération.

En juillet 1940, Georges retrouve Georgette dans l'Indre où l'exode l'a conduite. Les juifs n'étant pas admis en zone occupée, Georges ne peut reprendre son travail au Palais de la Découverte. À Châteauroux, il travaille comme chauffeur du Général Fontaine, puis comme ouvrier agricole, alors qu'il n'a jamais tenu un outil de jardinage.(18).

DREYFUS entre en résistance dès 1940. Il travaille à cette époque au bureau du « Secours aux enfants juifs », rue des Américains à Châteauroux.

La position stratégique de Châteauroux, très proche de la ligne de démarcation, en son point le plus au nord, est propice aux actions de passage entre les deux zones. Georges DREYFUS est souvent amené à confier des enfants juifs venus de Paris à des personnes de confiance pour les conduire dans des fermes du côté de Buzançais. Gilberte PICARD est une de ces personnes de confiance. Avec ses deux sœurs institutrices, Marguerite et Germaine PICARD, elles hébergent des résistants, assurent les passages de la ligne de démarcation. Pour soigner une crise de sciatique, Georges DREYFUS est ainsi hébergé chez elles dans leur maison près de l'Abbaye de Déols. Le jour même de la mort de Georges, le 30 août 1944, un drame survient. Un soldat allemand arrive et exige d'emmener une des sœurs. Sous la menace d'un fusil, Germaine est violentée, les autres vivent une nuit de terreur.

En raison de ses actions de résistance, Georges DREYFUS est interné politique par la police française en été 1943. Malade, il est enfermé dans une prison un peu spéciale, le « cabanon » de l’hôpital de Châteauroux, où les détenus politiques peuvent se réunir, mener des discussions politiques et littéraires. Georgette (12) peut aller lui rendre visite presque quotidiennement. Une tentative de fuite se solde par un échec. Tous les détenus politiques quittent le « cabanon » pour la maison d’arrêt. Georges est alors transféré dans la terrible prison de Limoges, à 10 par cellule prévue pour un seul prisonnier. Le calcul est vite fait : 2,3 m3 d'espace vital par prisonnier.

En octobre 1943, DREYFUS est relaxé par un jugement de la Cour de Justice de Limoges, mais 8 de ses anciens compagnons sont déportés. Deux seulement reviendront des camps. Georges entre alors en clandestinité.

En novembre 1943, Georges provoque la constitution du « Font national de l’Indre », le but étant de coordonner la lutte des différents mouvements de résistance et des maquis, et de rassembler la population afin de les soutenir. La première réunion a lieu chez Roger CAZALA, un intellectuel ami des DREYFUS, pharmacien à Châteauroux. CAZALA est nommé président du Front National de l’Indre, Georges DREYFUS en sera le secrétaire. C’est chez CAZALA, que se tient, en mars 1944, la réunion constitutive du Comité Départemental de Libération de l’Indre. Roger CAZALA sera arrêté le 30 mai 1944 et meurt en déportation.

En janvier 1944, Georges DREYFUS échappe de justesse à la Gestapo. Il rejoint les FTP du Commandant ESMELIN au maquis de Dampierre où Georgette le rejoint. Il est remplacé au secrétariat du Front national. Au maquis, Georges DREYFUS occupe successivement plusieurs responsabilités en tant qu'officier d’état-major.

A l’occasion d’une liaison, en juin 44, DREYFUS, l’ancien des Brigades internationales, est reçu chaleureusement au maquis de Chabenet, près d'Argenton, par des résistants espagnols nombreux dans ce maquis, comme dans de nombreux maquis français.

En juillet 1944, il se trouve au maquis FTP de Dampierre, dans la vallée de la Gargilesse. Connu par tous comme le lieutenant « Paul », il est alors capitaine. Il est amené à faire un stage à l’état-major du maquis de Saint-Benoît-du-Sault qu’il quitte au moment de la Libération pour l’état-major départemental. En août, le «lieutenant Paul» est appelé à renforcer le commandement du 3e bataillon FTP nouvellement formé avec les compagnies FTP 2202 de Chabenet, 2207 d’Argenton-sur-Creuse, 2215 de Saint-Gaultier et d’une compagnie étrangère comprenant des Espagnols et des Russes.

A la mi-août 44, les crimes d’Oradour viennent d’être commis. Mais le « lieutenant Paul », seul et sans arme, obtient à Migné la reddition de 7 soldats allemands armés. Les villageois, témoins de la scène, n’en reviennent pas. Ils témoignent, en 1967, auprès de sa femme Georgette : « Seul, il est allé seul, personne ne pouvait le croire, ni le comprendre, personne d’autre n’aurait osé le faire ». Mais Georgette connaît cet aspect de la personnalité de son mari : « Ceux qui ont connu Paul savent comment il pouvait convaincre par la seule puissance de sa parole ».

Georges DREYFUS

Collection Roger PAYEN

 

Le 30 août 44, Georges DREYFUS tombe dans une embuscade, est massacré. Georgette relate les circonstances de sa mort (13) :

Le 30 août 44, le lieutenant Paul qui venait de faire une liaison avec un maquis de la Brenne à la Cellette, trouva sa retraite coupée, le pont par lequel il était arrivé de Châteauroux venait de sauter. Il fut obligé de revenir par Neuillay-les Bois et tomba dans une embuscade d’Hindous. Le lieutenant Paul sauta de voiture à droite, son chauffeur Raymond Guesnier sauta à gauche. Ils furent tués, tous les deux, et criblés de coups de couteaux. Le civil assis derrière, sans doute tué le premier, fut brûlé dans la voiture incendiée… On sut quelques jours plus tard que l’armée allemande qui encerclait Châteauroux était la colonne Elster de 18000 hommes…

Le 30 août, les gens du village de Neuillay s’étaient vu refuser par les Allemands de relever les deux morts sur la route, de les emporter dans leur mairie, de les veiller, de leur rendre les derniers devoirs…

Cette formidable colonne Elster comprend 18000 soldats de la Wehrmacht, accompagnés par une formation d’Hindous de sans doute 1810 hommes sous commandement allemand. Ces Hindous tuent, pillent, violent sur leur passage. Cette colonne quitte la côte Atlantique dans l’objectif de se replier sur Dijon à partir de laquelle les Allemands pensent être sauvés des maquis qui harcèlent sans cesse les convois. De toutes parts, de Bordeaux jusqu’à l’Indre, les troupes sont attaquées par les maquisards et par l’aviation alliée. Le 10 septembre 44, le général allemand Elster se rend…

Le 10 septembre, l'explosion d’une bombe à retardement tue 11 maquisards. On leur fit le lendemain des funérailles grandioses. Aux onze jeunes morts de la veille la Résistance adjoignit le capitaine Georges DREYFUS et son chauffeur Raymond GUESNIER tués le 30 août.

Georges DREYFUS obtient la Croix de guerre et la Légion d'honneur.

 

Poème publié dans l' ouvrage de Georgette G-D «Résistance Indre et vallée du Cher, Tome 1»

SUR UN MAQUISARD TUÉ


L
a dernière fois que je t’ai vu
Plein de vie et d’amour la veille de ta mort

La dernière fois que tu as vécu
La dernière pensée que tu as eue
Le dernier livre que tu as aimé
Le dernier sourire que tu m’as donné
Le dernier regard de tes yeux bleus
Le dernier serrement de ta main chaude
Le dernier geste que tu as fait pour te défendre…

La dernière nuit que tu as passée
Etendu sur la terre des hommes

Les dernières étoiles qui t’on veillé
Sans sépulture

La dernière goutte de sang qui s’est écoulée
De tes blessures

Les dernières mains qui t’on touché
Pour t’ensevelir en mon absence
Le dernier salut de tes frères du maquis :

Patrimoine de ma douleur

 

Georgette GUÉGUEN-DREYFUS
Août 1944

 

Un véritable sentiment de frustration suit, chez les FFI, l'annonce de la reddition de la colonne Elster, car le "respectable" (14) général nazi Elster obtient de se rendre aux Américains et non à la Résistance intérieure.

Alors que dans plusieurs régions au nord de la Loire les Américains chassaient les Allemands avec l'appui de la Résistance, au sud de la Loire, les résistants FFI et FTP étaient pratiquement seuls aux prises avec les colonnes allemandes en retraite. Les départements de Corrèze, Haute-Vienne, Creuse, Indre voient une très forte implantation des maquis. La combativité de la R5 (Région 5) lui vaudra d'être baptisée «la petite Russie» par les Allemands (15). Les Résistants voient leur échapper non seulement une victoire militaire méritée et des milliers de prisonniers, mais surtout l'important matériel de guerre saisi qui aurait été fort utile pour l'armement des maquis et la poursuite de la guerre.

Par ses activités politiques au moment de la construction du Front populaire, de la guerre d'Espagne contre le fascisme émergeant et dans la Résistance, Georges DREYFUS a pris toute sa place dans la conquête des droits nouveaux obtenus en 1936 et à la Libération. Pour cela, il est de ceux qui ont fait don de leur vie. C'est à tout le contrat social établi à cette époque que s'attaquent les gouvernements de notre pays depuis trop d'années.

   

 

Martine Garcin
Janvier 2004

Dernière mise à jour : 8 mars 2005

 


(1) Georges COGNIOT, 1901-1978, agrégé de Lettres, École normale supérieure, secrétaire général de l'Internationale des travailleurs de l'Enseignement, député du XIe en 1936, représentant du PCF à l'Internationale Communiste de septembre 1936 à octobre 1937, rédacteur en chef de l'Humanité de 1937 à 1949, sénateur….
(2) Jean LODS, 1903-1974, un des cinéastes d'avant-garde, avec Jean VIGO et Marcel CARNÉ. Fonde avec Léon MOUSSINAC les premiers ciné-clubs. Un des co-fondateurs de l'IDHEC dont Léon MOUSSINAC sera le directeur. Œuvres : La Marche de la faim, 1929, La Vie d'un fleuve, 1931, un long métrage sur les cheminots, Le Mile, 1932, sur Jules LADOUMÈGUE, portraits de LURÇAT, BARBUSSE, Jean JAURÈS…
(3) Georges COGNIOT, Parti pris, Éditions sociales, 1976.
(4) Le Maîtron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, notice sur Georges DREYFUS établie par Jean MAÎTRON et Claude PENNETIER.
(5) Claude WILLARD, Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice THOREZ, N° 10, nov.-déc. 1974.
(6) Entretien Camille JULIAN, Andrée GIRCOURT, MG, Draveil, 24 avril 1981.
(7) Le Maîtron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, notice sur Georges Dreyfus établie par Jean MAÎTRON et Claude PENNETIER.
(9) Le Réveil, 29 juin 1935.
(10) Le Réveil, 6 juillet 1935.
(11) Le Maîtron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, notice sur Georges Dreyfus établie par Jean MAÎTRON et Claude PENNETIER.
(12) Georgette GUÉGUEN-DREYFUS, discrète, consent à donner quelques informations sur son activité et celle de son mari dans la Résistance dans son livre Résistance Indre et vallée du Cher, 2 tomes, Éditions sociales, Paris, 1970.
(13) Georgette GUÉGUEN-DREYFUS, Résistance Indre et vallée du Cher, 2 tomes, Éditions sociales, Paris, 1970.
(14) Un film allemand présenté le 21 janvier 2004 sur Arte, 1944, La reddition de la colonne Elster, présente le général Elster comme un homme courtois, sans doute opposé à Hitler et au nazisme. Le général a peut-être gardé les mains propres, le couteau était tenu par ses "Hindous" et ses troupes. Ce film est une insulte à Georges DREYFUS, aux sœurs PICARD, pour ce qui nous concerne, et à tous les autres résistants.
(15) Voir Germaine WILLARD et al., France 44-45, la Libération, France Progrès, 1995.
(16) Entretien Roger PAYEN-MG, 4 avril 2004
(17) En mai 1941, le Parti Communiste lance un appel «Pour la formation d'un Front national de lutte pour la liberté et l'indépendance de la France». Dans le cadre de cette organisation seront créés divers Comités de résistance, dont le CNÉ, Comité National des Écrivains. Les FTPF constitueront la branche armée du Front National.
(18) Georgette DREYFUS, Un militant : un soldat, un poète : Georges DREYFUS, biographie de Georges DREYFUS par son épouse.
(19) Georges et Georgette DREYFUS, Adieu Mahora, manuscrit inédit. Témoignages directs de combattants des Brigades Internationales. Remerciements à la famille de Georgette GUEGUEN-DREYFUS.

 


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