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Témoignage d'Alex KOHN,
juif, résistant, déporté politique
libéré du camp d'Auschwitz en 1945

Série d'articles de Georgette GUÉGUEN-DREYFUS
La Marseillaise, 24-27 avril 1945

   
 

Document fourni par Claude DUGÉNIT
Responsable FNDIRP Indre

Délivré par les Russes du camp de la mort d'Auschwitz !

Marseillaise Auschwitz 1

I

L’écrivain Georgette Gueguen-Dreyfus a interviewé un jeune déporté, Alex Kohn, rentré ce mois à Ambrault. La Marseillaise a tenu à mettre sous les yeux de ses lecteurs le récit des tortures infligées aux déportés politiques par les bourreaux hitlériens.
Nul doute qu’à l’exemple de tous les hommes civilisés, nos lecteurs ne frémissent d’horreur, mais aussi de haine contre les fascistes d’Hitler et leurs complices français qui applaudissaient à de tels crimes.

Arrêté le 30 mai 1944 à Paris, comme juif et comme résistant, je fus, me dit Alex Kohn, après trois jours à Drancy, expédié dès le 2 juin dans un train plombé à destination de l’Allemagne. Le voyage durait trois jours. On a déjà parlé de ces horribles voyages où ceux qui mouraient en route continuaient à tenir compagnie aux vivants. Notre transport, comme la plupart, contenait 1 200 personnes, 60 par wagon à bestiaux.
Arrivés à Birkenau, gare d’Auschwitz, nous devons tout d’abord abandonner tout ce que nous avions emporté. Puis devant la gare même, la sélection commence.
D’un côté les forts : jeunes hommes pour la plupart et quelques femmes. Sur notre convoi, nous étions, du côté des forts, 273 sur 1 200.
De l’autre côté, les faibles : femmes, enfants, personnes âgées, adolescents, hommes qui ne voulaient pas se séparer de leur famille. Des voitures à la gare les attendaient «Ceux qui sont fatigués n’ont qu’à monter en voiture» disaient complaisamment les S.S.
Les 273 «forts» partent à pied vers le camp. Quand nous y pénétrons, les S.S. nous accueillent par ces mots : «Vous êtes réunis ici dans un but d’extermination».
Les arrivants passent à la douche, au rasage, à la désinfection et au tatouage sur l’avant-bras droit. Alex Kohn me montre son bras où est tatoué son numéro : A 11952. On nous donne nos vêtements de bagnards rayés en long bleu et blanc. Nous arrivons dans nos baraques et prenons contact avec les anciens. Ceux-ci sautent sur nous pour avoir des nouvelles de la France, de la guerre, de leur famille. Leur terreur est d’apprendre que quelqu’un de chez eux est venu dans notre convoi. Puis en échange des renseignements que nous pouvons leur fournir, ils nous emmènent près des fenêtres et nous disent en nous montrant la grande cheminée comparable à une cheminée d’usine : «Voyez cette cheminée, c’est celle du four crématoire, voyez ces flammes, ces lueurs, elles sortent des fours où sont les vôtres que vous avez quittés tout à l’heure». Nous ne voulons pas le croire et nous fuyons ces anciens qui veulent nous désespérer.

Les kommandos de la mort

Dès le lendemain, nous nous rendons compte qu’ils n’ont rien exagéré. Pendant trois semaines, ce fut une suite de travaux exténuants qui devaient sans doute permettre une sélection. Tout se faisait en courant. On exagérait les charges à porter, et à la moindre faiblesse, on était tué d’un coup de botte ou d’un coup de cravache. Un kommando qui partait à 200 «devait» rentrer à 120. Il fallait donc en laisser 80 en route. Les Kapos -criminels de droit commun qui servaient de garde-chiournes- ainsi que les S.S. se chargeaient de la besogne. On laissait les tués sur place, puis la voiture du four crématoire passait les relever. Quelquefois les Kapos et les S.S. n’avaient pas éliminé assez d’hommes et en arrivant à la porte du camp on se trouvait être encore 130 au lieu de 120. Un S.S. souriant s’avançait, la cravache à la main, s’adressait à un prisonnier : «Wie viel ?» Combien ? demandait-il. le prisonnier répondait «10». Le S.S. touchait alors de sa cravache 10 hommes à partir du premier. On les emmenait et on les mitraillait. Les 120 qui restaient rentraient alors au camp… en musique. Ils passaient sous la porte d’entrée qui portait ces mots dérisoires «Arbeit macht frei», LE TRAVAIL REND LIBRE. Mais nous, nous lisions sur cette porte les mots de Dante : «Vous qui entrez ici, perdez toute espérance».
Le lendemain, la course à la mort recommençait. Si votre frère exténué de courir sous une charge trop lourde tombait près de vous, vous ne pouviez ni le relever, ni le secourir, il était perdu, un S.S. l’achevait et vous deviez continuer votre course et même au besoin marcher sur votre frère pour sauver votre vie.
Les Kapos tuaient à plaisir. Nous n’avions le droit d’aller au cabinet qu’une fois par jour, le soir. Par dix, accroupis sur une planche. Des Kapos pour s’amuser prenaient quelquefois la planche chacun d’un bout et la basculaient. Dix hommes tombaient et mouraient asphyxiés dans la fosse… Une petite farce des Kapos. Les Kapos faisaient des paris : «Je te parie, disait l’un, que tu ne tues pas un homme d’un seul coup de bâton». Pour établir la preuve, on organisait un tournoi devant les prisonniers rassemblés. Combien de camarades sont morts ainsi parce qu’un Kapo voulait montrer à un autre qu’il était plus adroit que lui.
Ce n’est que partiellement une question de résistance physique qui permettait de sortir de ces trois semaines de martyre et ce qui allait suivre. Question de chance aussi, car vous pouviez avoir résisté à tout et soudain, pour le caprice d’un Kapo, et parce que le chiffre de 80 morts de la journée n’avait pas été atteint, vous étiez désigné comme victime supplémentaire.
Nous étions devenus au bout de ces trois semaines des bêtes hagardes sans aucun sentiment humain, qui n’avaient plus qu’un désir, «essayer de s’en tirer».
Bien des camarades ne pouvant supporter tant d’horreurs et tant de souffrances se sont jetés volontairement sur les fils de fer barbelés de l’enceinte plutôt que de repartir dans ces kommandos de la mort.
Nous maigrissions rapidement et nous souffrions de la faim. En arrivant, je pesais 72 kg ; au mois d’août j’en pesais 49.
Au bout de ces trois semaines d’extermination, les survivants versés dans des kommandos de travail régulier pouvaient espérer s’en sortir, du moins pour quelque temps.

Marseillaise Auschwitz 2

II

Une journée au camp

Le gong sonnait à 3 h 30 du matin. A 4 heures, tous dehors, stationnés à nos emplacements de kommando, nous attendions jusqu’à 5 h 30, quelque temps qu’il fit. Au son d’une musique militaire, tous les kommandos défilaient alors au pas devant les Allemands rassemblés qui surveillaient la tenue des prisonniers. Ceux qui avaient une tenue défectueuse étaient sortis des rangs et tués sur place.
Parfois il fallait faire 4 à 6 kilomètres pour arriver sur le lieu du travail et peiner toute la journée à des travaux de terrassement -pelle ou pioche- sans jamais ralentir et sans jamais s’asseoir. Ceux qui tombaient d’épuisement ou de fatigue étaient achevés.
Après une journée de travail épuisant, nous revenions au camp pour défiler à 6 heures au son de la musique. Il fallait se tenir bien droit et aller se poster dans un ordre parfait devant les blocs ou baraques pour attendre l’appel. Il pleuvait, il neigeait, il gelait, qu’importait, il fallait attendre. Attendre une heure, une heure et demie que l’appel fut terminé, et pendant tout ce temps rester rigides sans manifester de fatigue.
Le lendemain matin, de nouveau à 3 h 30, le gong. On remettait les vêtements mouillés qui, en hiver, ne pouvaient jamais sécher, et la journée recommençait.
- Mais, demandais-je à M. Kohn, qu’avait-on fait des autres, des «faibles», familles entières israélites ou déportés politiques qui étaient arrivés avec vous et qui avaient ce jour-là quitté en voiture la gare de Birkenau ?

Les kommandos des cendres

Ceux-là, dit M. Kohn, avaient été immédiatement emmenés -en voiture- jusqu’à de grandes salles. On les fit déshabiller. Ils croyaient aller aux douches. C’étaient en majorité des femmes, des tout-petits, des enfants de tous âges, des vieillards. Ils entraient aux douches. En effet, on les douchait, les corps mouillés étant plus perméables aux gaz, puis, dans cette salle qu’emplissaient les cris de terreur de ceux qui avaient compris, les S.S. balançaient les bombes à gaz.
En écoutant ces mots d’horreur, je revois cette jeune femme d’un train de déportés, arrêté à Vierzon et qui tendait son bébé en suppliant des femmes sur le quai de le lui prendre. L’Allemand de garde ne permit pas de recueillir l’enfant. cette femme et ce bébé ont été gazés parmi les autres. je me souviendrais toujours des supplications de cette mère.
«Ensuite, la crémation commençait. Le «kommando des cendres» se mettait au travail. Les corps entassés sur des chariots étaient amenés devant les fours. La besogne des prisonniers affectés au kommando des cendres était si hallucinante que les prisonniers ne pouvaient la supporter plus de quinze jours. D’ailleurs, à ce terme, le kommando était renouvelé, les prisonniers passaient à la chambre à gaz, car les Boches ne gardaient pas de témoins de leurs forfaits.
«Des camarades désignés pour le kommando des cendres ont préféré mourir tout de suite… Quant aux cendres, elles servaient d’engrais !
Je regarde ce grand jeune homme blond qui me parle, et qui depuis le 6 avril qu’il a débarqué à Marseille, commence à reprendre contact avec la vie réelle. Un homme vivant qui représente plus de 400 000 morts.
Je lui demande :
- Mais vous, comment avez-vous pu en sortir ?
- C’est invraisemblable, et je ne le comprends pas moi-même, me dit-il. J’ai eu la chance d’être malade, d’attraper une pleurésie, d’être envoyé à l’hôpital. j’ai eu surtout la chance de passer entre deux «commissions», celle du camp et celle de l’hôpital.
Une «commission» ou «sélection» se faisait sur un ordre reçu de Berlin, d’avoir à éliminer 10 % du contingent de prisonniers. Tous les prisonniers, nus, passaient en courant sous le feu d’un projecteur sous lequel un S.S. était assis, un gros cigare à la bouche, cravache à la main. D’un geste indolent de sa cravache, il indiquait au passage le prisonnier «à gauche» ou «à droite». Celui qui se tenait mal, celui qui était trop maigre, celui qui paraissait voûté, celui qui traînait la jambe, celui qui avait une figure qui ne revenait pas au S.S. était désigné. On notait leurs numéros. Le lendemain ils n’allaient pas travailler, on les emmenait et le soir leurs vêtements revenaient. Tout ce qui restait d’eux, on le remettait au magasin.
À l’hôpital on faisait de même. On se demande d’ailleurs pourquoi un hôpital. Je ne l’ai jamais compris. On tuait en série à Auschwitz, mais il y avait un hôpital modèle. D’ailleurs, le malade qui mettait plus de huit jours à guérir partait le lendemain à la chambre à gaz. Je retrouvais à l’hôpital des médecins français que je connaissais et qui me protégèrent. Grâce à eux, j’ai pu me remettre, devenir infirmier, faire partie du «kommando de l’hôpital».

Marseillaise Auschwitz3

III

Vivisection sur des hommes

Pendant mon séjour à l’hôpital, j’ai vu faire des «expériences» sur les malades et sur les bien portants. On pratiquait la fécondation artificielle sur les femmes, puis quand elles étaient enceintes on les faisait avorter. J’ai entendu dire que dans d’autres camps les enfants venaient au monde, puisqu’on a trouvé dans l’un d’eux 960 enfants faméliques âgés de deux ans, pareils à des vieillards. À Auschwitz, les enfants ne naissaient pas et c’est un bonheur pour eux. On faisait d’autres opérations sur les femmes : ablation de la matrice, etc. On essayait des produits inconnus. Par exemple j’ai vu essayer un nouveau narcotique, 10 personnes durent en prendre à des doses différentes. Six d’entre elles moururent tout de suite, les quatre autres se réveillèrent en assez mauvais état. Sur les jeunes, et en particulier sur des jeunes Grecs qui venaient d’arriver à ce moment-là, les Allemands firent des castrations à la runtgenthérapie, ce qui laissait chez les opérés des fistules inguérissables.
Un homme coûtait moins cher qu’un cobaye, et quand il mourait à la suite de l’une de ces opérations c’était toujours un de moins à garder.
Toutes ces expériences, au dire même de nos docteurs français, n’étaient d’aucune utilité pour la science.
Les Allemands craignaient beaucoup les épidémies. Comme nous étions à Auschwitz dans une région marécageuse et malsaine, et que de plus nos conditions effroyables de vie nous portaient à attraper des maladies, ils veillaient à enrayer les épidémies. Leur méthode était radicale. Y avait-il un cas de typhus, même douteux, dans une baraque ? On envoyait les 1 000 hommes de la baraque mourir à la chambre à gaz.

La délivrance

- Comment, demandais-je avez-vous eu l’idée que vous seriez peut-être délivré par les Russes ?
Dans la nuit du 17 au 18 janvier, nous sommes réveillés à minuit à l’hôpital. On nous demande de dresser immédiatement une liste des malades qui peuvent marcher. À l’aube, c’est dans tout le camp le remue-ménage. Précipitation, au lieu de l’ordre habituel. Des S.S. crient, revolver au poing. dans la journée, les 20 000 hommes des kommandos sont évacués. On nous donne des vêtements pour habiller les malades qui peuvent marcher. Puis nous devons nous occuper de la destruction des documents, car les S.S. ne tiennent pas à ce que la preuve de leurs crimes tombe entre les mains des Russes. Nous fîmes de grands brasiers de papiers. Un Allemand parla devant moi de sept millions de fiches.
De 8 à 9 heures on fit stationner les malades que nous avions habillés - et qui, même faibles, avaient demandé à être de ceux qui pouvaient marcher, dans la crainte de sauter avec les bâtiments. Ce stationnement fut si pénible dans le grand froid, que beaucoup tombèrent avant même de pouvoir partir.
Mes deux camarades et moi, les trois infirmiers français, nous décidons de rester et d’attendre les Russes. Perdus pour perdus, nous voulons courir le risque d’être délivré. C’est ce qui nous a sauvés.
Le 27 janvier, les Russes arrivent à 2 heures. Nous avions tous la gorge serrée, les larmes aux yeux en voyant nos sauveurs.
Ils s’occupèrent immédiatement de soigner les malades, parmi lesquels se trouvaient une cinquantaine de Français, qui reviendront un jour.
Avant de quitter le camp, nous visitons avec nos camarades russes les chambres à gaz et les fours crématoires où des millions de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards ont trouvé la mort, soit parce qu’ils étaient juifs ou déportés politiques. L’imagination de l’homme a peine à concevoir une pareille organisation de la mort en série. La nuit nous avions regardé ces lueurs sinistres, et respiré le jour cette odeur de chair brûlée qui s’échappait du four. Combien sont morts là, de nos parents, de nos amis !

Marseillaise Auschwitz 4

IV

Retour

Nous somme libres, nous cheminons tranquillement vers Cracovie. Tout le monde nous aide et nous fête, nous les rescapés, qui représentons tant de morts. La population nous accueille avec joie et bonté. Les soldats russes ne savent quoi faire pour nous faciliter notre voyage. De Cracovie, où nous restons un peu de temps à reprendre des forces, nous sommes envoyés à Lublin, où nous sommes merveilleusement bien reçus.
Les gens avaient peine à croire ce que nous racontions, et la haine contre l’hitlérisme gonflait encore plus le cœur de ces hommes et de ces femmes qui nous écoutaient.
Après deux mois de repos à Lublin, nous partons pour Odessa où nous arrivons le 27 mars pour embarquer le 30 sur un paquebot anglais et arriver à Marseille le 6 avril.
Vous pouvez vous imaginer ma joie. Je commence à me remettre ; cependant, même après quinze jours passés à Ambrault chez ma fiancée, je suis tellement imprégné de cette atmosphère de mort d’Auschwitz que je ne comprends pas toujours que je n’y suis plus.
- Et les autres ? Que sont devenus les autres ? Les 20 000 qui ont été emmenés par les S.S. ?
- A Lublin, me dit M. Kohn, nous avons retrouvé cinq compagnons de captivité qui avaient réussi à s’échapper. Arrivés dans une forêt, nous dirent-ils, nous étions encore environ 18 000. Les 2 000 qui manquaient ou avaient été abattus, ou avaient peut-être réussi à s’enfuir. Les 18 000 furent mitraillés, nous, nous avons pu nous dissimuler derrière les morts et gagner un village. L’Armée rouge, dans son avance, a retrouvé les 18 000 cadavres de nos camarades.

*
**

Pourrons-nous pardonner cela ? Pourrons-nous jamais pardonner aux misérables Français qui livrèrent des hommes à la Gestapo pour les chambres à gaz d’Auschwitz ? Pourrons-nous jamais nous attendrir sur le sort du peuple allemand ?
Comme disait le capitaine Georges Dreyfus, sur le corps d’un maquisard, dix jours avant qu’il ne fut tué lui-même par les Allemands le 30 août 1944 à Neuillay-les-Bois : «Nous ne pleurons pas nos morts, nous les vengeons».

   
 


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Mise à jour :
21 octobre 2015