Caractères draveillois
Draveil-Résistance

Théma
Notre devoir de mémoire
SOI et Camp de la Paix de Mainville, pépinières de résistants
Dès 1933, on savait
Volontaires de la Guerre d‘Espagne
Les Fusillés du 30 avril 1944 à la prison de la Santé
La Mutinerie du 14 juillet 1944 à la prison de la Santé. Témoignage
Du nouveau sur la Libération
de Draveil [1]
[2]
Déportés, Internés de Draveil [Cartes]
Déportés, Internés, Résistants de 1939-1945, Draveil
Déportés, Internés de Vigneux [Cartes]
Déportés, Internés, Résistants de 1939-1945, Vigneux
Jeunesse résistante Draveil Vigneux
Exposition "Draveillois(es) en Résistance"
Exposition " Parcours Santé "
Concours National Résistance Déportation
1908 - Les Grèves de Draveil-Vigneux

 

Notices biographiques
• AUCLAIR Marcelle
• BERNIER Mauricette
• BIANCHI Sonia
• BRÉANT Geneviève
• BROSSARD Pierre
• BRU Léon
• CAZIN Marcel
• CHADEL Julien
• DEGUÉRET-LEBERRE Simone
• DEGUÉRET-PAYEN Suzanne
• DE WITTE
DREYFUS Georges
• Colonel FABIEN
• GEORGES Pierre (Colonel FABIEN)
• GERVAIS Sylvain
GUEGUEN-DREYFUS
Georgette [1]
[2] [3] [4]
HAZEMANN Jean-Jacques [1] [2]
• HAZEMANN Robert-Henri
• HANSEN-ROTENSTEIN Geneviève
JEUNON Jacqueline [1] [2]
JEUNON (Famille) [1] [2-Morning Star]
JEUNON Madeleine
JULIAN Camille
• JULIAN Fernand père
JULIAN Fernand fils
• LAFARGUE Paul

LE BAIL René
LE BERRE Maurice
• LEJEUNE Adrien
• LE LAY Antonine dite "Julienne"
• LE LAY Désiré
LEROY André
• LEROY-RODRIGUEZ Geneviève
• LINARD Marcel
• MAHN Berthold
MANGIN-SOUCHE Lucienne
• MARX-LAFARGUE Laura
• MARZIN Madeleine
• MATHA Armand
MATHIS-NOYER Émilie dite «Lili»

• MENVIELLE Charles
• MOREAU Germaine
• NOYER Paul
• OUZOULIAS Albert
• PASDELOUP Auguste
PAYEN Roger [Sommaire] [1] [2] [3] [4]
• PICARD R.
• PIECK Wilhelm
• PRÉVOST Alain
• PRÉVOST Jean
• PRÉVOST Michel
• RODRIGUEZ André
• RODRIGUEZ Gonzalo
• SADOUL Jacques
• SCHNAIDERMAN Gdalien
TAILLADE Auguste dit Pierre
• TRIOULLIER Jean
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André LEROY

16 janvier 1913 - 13 mars 1982

   
 

Départ pour le Congrès Mondial de la Jeunesse pour la Paix, New York, août 1938. De gauche à droite : Danielle CASANOVA, André LEROY, Félix, Léo FIGUÈRES, un délégué de Marseille, Raymond LATARGET, Leroy WATIAUX, le délégué de Renault, André CARREL

André LEROY vers 1954
Collection Claude LEROY-ROCHET et Henri LEROY

   
 

Né en 1913, décédé en 1982, André LEROY aura été un des principaux organisateurs de la résistance de la jeunesse à l'occupation nazie pour la zone Nord.

Il adhère aux Jeunesses communistes en 1929 dont il devient un des animateurs des cercles de Viry-Châtillon, Draveil, et plus tard de la région Paris-Sud. En tant que salarié, il milite en même temps dans les organisations de la CGT.

Marié en 1933 avec une draveilloise, Lucienne Henriette MORY, il s'installe à Draveil qu'il doit quitter pendant la guerre pour entrer en clandestinité, comme ce sera le cas pour tous les militants les plus connus de la commune.

André LEROY devient secrétaire national des Jeunesses communistes en 1939 et restera l'adjoint de Danielle CASANOVA jusqu'à son arrestation. En tant que n° 2 de la JC, il organise la résistance de la jeunesse en zone occupée, est un des fondateurs des "Bataillons de la jeunesse", groupes d'avant-garde de la lutte armée contre l'occupant, qui devaient se rattacher par la suite aux FTP. Il participe à ce titre à de nombreuses actions contre l'occupant.

Il devient commandant FTP, grade homologué comme commandant FFI.

Arrêté le 12 mai 1942 par la police de Vichy, il organise la résistance à l'intérieur des prisons où il passe : Santé, Poissy, Melun, Châlons-sur-Marne et organise plusieurs tentatives d'évasions collectives.

Il est ensuite livré aux nazis, est déporté au camp de Buchenwald le 12 mai 1944 où il participe à l'organisation de la résistance intérieure du camp puis à sa libération par les déportés eux-mêmes, à la tête de la IIIe Brigade.

À son retour, André LEROY siège à l'Assemblée Consultative provisoire en tant que représentant des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique. Il devient Secrétaire général de l'UJRF (Union de la Jeunesse Républicaine de France) de 1946 à 1948 et membre du Comité central du PCF.

En 1951, il participe avec Frédéric-Henri MANHES à la fondation de la Fédération Internationale des Résistants dont il sera le 1er Secrétaire Général, de la fondation jusqu'au IVe Congrès, en 1962 . Il anime plusieurs organisations de résistants et déportés, devient Président de l'Association française des anciens de Buchenwald-Dora.

Il est un des fondateurs de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) dont il devient le Secrétaire général en 1949. Lorsqu'il décède en 1982, il en est alors le Président délégué.

 
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André Jules LEROY naît à Montreuil (Seine) le 16 janvier 1913 de Édouard Auguste LEROY et Louise Geneviève MARLIN. André se marie à Draveil le 27 mai 1933 avec une Draveilloise, Lucienne Henriette MORY née le 21 novembre 1916 à Draveil, décédée le 21 janvier 1953 à Draveil. Deux enfants naissent du couple, Henri Édouard à Draveil et Claude Andrée Geneviève à Villeneuve-Saint-Georges. André LEROY décède le 13 mars 1982. La sœur d’André, Geneviève RODRIGUEZ, deviendra maire de Morsang-sur Orge (Essonne).

L’état-civil étant exposé, il reste à évoquer toute une vie consacrée au combat pour la paix et la sécurité.

Avoir 20 ans en 1933. New York-Genève-Draveil

André LEROY passe sa jeunesse à Viry-Châtillon, dans le petit pavillon de ses parents, en limite de Juvisy, avec sa sœur Geneviève. Son père est ouvrier boulanger, un travail très dur. C’est aussi un personnage, un « dur à cuire » selon les enfants d’André, Claude et Henri (1). Il est anarcho, comme la majorité des rebelles de l’époque, a fait la guerre de 14.

Confronté au monde du travail à 13 ans en tant qu’apprenti, André LEROY adhère aux Jeunesses communistes en 1929, devient animateur des cercles de Viry-Châtillon, Juvisy, Draveil, et plus tard de la région Paris-Sud.

À son mariage, en 1933, André vient habiter Draveil dans la maison de sa belle-mère, avenue Marguerite devenue avenue Léon Sorbier après la guerre.

Ouvrier maçon, puis chauffeur de bus à la CPR et chauffeur à la RATP peu de temps, il milite à la CGT.

• André LEROY, 14 ans, après 16 mois d'apprentissage.

Collection Claude LEROY-ROCHET et Henri LEROY

 

• André LEROY maçon.

Collection Claude LEROY-ROCHET et Henri LEROY

 

• Municipalité VERNETTI, 1935. À gauche du maire : Lucienne MORY-LEROY, à droite du maire : Antoinette.

Collection Claude LEROY-ROCHET et Henri LEROY

 

En août 1938, André LEROY participe au IIe Congrès mondial de la jeunesse pour la paix, à Vassar College, près de New York. La presse réactionnaire américaine dénonce « les Rouges à Vassar College ». Ce Congrès se tient sous l’égide du World Youth Congress, dont le siège est établi dans les locaux de la SDN à Genève, et son bureau exécutif à Draveil. Lise LONDON se souvient (2) :

À la mi-août 1938, nous accompagnâmes Raymond (GUYOT : Secrétaire général de l’Internationale communiste des Jeunes en 1935) à la gare Saint-Lazare. Il régnait une agitation inhabituelle dans la salle des pas perdus : des jeunes, encore des jeunes, affluaient et venaient s’agglutiner sous une pancarte portant l’inscription : WORLD YOUTH CONGRESS (Congrès mondial de la jeunesse). Danielle CASANOVA, Raymond LATARGET, André LEROY, Maurice CHOURY, André CARREL… représentants de la jeunesse et des étudiants communistes de France, s’entretenaient joyeusement avec les représentants d’organisations socialistes, religieuses, laïques…

Au moment où s’ouvre le Congrès, chacun sent les prémices de la seconde guerre mondiale. La montée en puissance d’HITLER depuis 1933, février 1934, la non-intervention en Espagne, puis l’Anschluss en mars 1938 font craindre une extension du fascisme. Le pacte de Munich interviendra un mois plus tard, laissant les mains libres à HITLER.

Les jeunes délégués au Congrès de New York adoptent à l'unanimité le Pacte de Vassar :

« Nous condamnons solennellement toute guerre d'agression contre l'indépendance politique ou l'intégrité territoriale ou administrative d'un État. Nous sommes d'accord pour user de notre influence sur nos gouvernements respectifs chaque fois que cela sera nécessaire, afin :
1) qu'ils aient recours à une action commune pour empêcher l'agression ou pour y mettre fin ;
2) pour assister efficacement les victimes des agressions et des violations des traités ;
3) pour refuser le matériel de guerre ou l'assistance financière aux agresseurs. Nous décidons de mobiliser l'opinion mondiale pour porter secours aux victimes. »

Jeunesse clandestine

En 1939, André LEROY devient Secrétaire national de la Jeunesse communiste. Il restera l’adjoint de Danielle CASANOVA jusqu’à l’arrestation de cette dernière en 1942. En septembre 1939, les organisations communistes sont interdites. Toutes les activités d’André seront désormais clandestines.

Après l’armistice du 22 juin 1940, les Français retournent à leurs occupations. Le 10 juillet naît l’État français, tous les pouvoirs sont donnés à PÉTAIN.

Le PC toujours interdit, les militants tentent de renouer les contacts. Un jour de juillet, au bois de Vincennes, un groupe d’une vingtaine de gars et filles joue au ballon. C’est en fait une des premières réunions de réorganisation de la Jeunesse communiste dans le département de Seine. La direction clandestine pour la zone occupée comprend à ce moment-là des jeunes comme Danielle CASANOVA, André LEROY, Albert OUZOULIAS, Camille BAYNAC, Madeleine VINCENT, Henriette SCHMIDT, Lucien DORLAND (responsable de l’Avant-Garde) et les étudiants Francis COHEN, François LESCURE, Suzanne DJIAN, Claude LALET, Bernard KIRSCHEN (Bob) (3).

En octobre 1940, le Parti communiste décide la création de l’OS (Organisation Spéciale), organisation de combat contre l’occupant qui deviendra FTPF en 1942. Lucien CARRÉ, André REBIÈRE, André LEROY, le colonel DUMONT en sont parmi les premiers organisateurs dans la Région parisienne (4).

À la direction de la Jeunesse Communiste, André LEROY participe à la création des premiers groupes armés des « Bataillons de la Jeunesse ».

Les JC participent à la grande manifestation du 14 juillet 1941. Maurice LE BERRE, sa compagne Simonne DEGUÉRET et les jeunes de la banlieue sud font voler les pavés. La police et l’armée allemande chargent. Le 24 juillet, le jeune ouvrier André MASSERON est fusillé pour avoir participé à cette manifestation.

Albert OUZOULIAS est appelé à diriger les premiers « Bataillons de la Jeunesse ». André LEROY organise une première rencontre entre OUZOULIAS et Pierre GEORGES, le futur Colonel FABIEN. OUZOULIAS témoigne (5) :

Le 2 août 1941, après avoir payé nos consommations, nous (Danielle CASANOVA et Albert OUZOULIAS) sommes partis de la « Closerie des Lilas » à travers le XIVe. Une heure après nous retrouvions André LEROY vers la gare Montparnasse. Elle demanda à André où en était l’opération de récupération d’explosifs dans une carrière de Seine-et-Oise (il s’agissait de la récupération de 25 kg d’explosifs réalisée par 3 jeunes communistes). Elle en parlait en s’animant, sans hausser la voix, comme d’une chose ordinaire, d’un problème à régler parmi d’autres.

(…) Une heure après, André LEROY m’emmenait au métro Duroc. Là un garçon de taille moyenne, très mince, nous attendait accoudé à la balustrade du métro. Dans ce corps plutôt frêle doué d’une agilité peu commune, deux yeux brillaient d’un éclat sans égal : c’était Pierre GEORGES (Futur Colonel FABIEN).

- Je te présente Frédo (Pierre GEORGES), me dit André LEROY, et toi, quel nom va-t-on te donner ?

- Ce sera Marc…

Au moment de la Libération : au centre, portant lunettes : Albert OUZOULIAS (Colonel ANDRÉ), à sa gauche, casqué, Pierre GEORGES (Colonel FABIEN)
Collection Roger PAYEN

 

À cette époque, la direction nationale des Jeunesses Communiste se compose de Danielle CASANOVA, André LEROY, Camille BAYNAC, Lucien DORLAND, Albert OUZOULIAS, Pierre GEORGES (Colonel FABIEN) (5). André LEROY suit personnellement la Région parisienne en plus de ses multiples tâches de la direction politique du mouvement des Jeunesses. Seuls André LEROY et Albert OUZOULIAS survivront. DORLAND et BAYNAC seront fusillés, Danielle CASANOVA (6) meurt à Auschwitz, le Colonel FABIEN meurt dans les combats de la Libération en Alsace.

Dans ce mois d’août 1941, la direction des JC organise le 13 une grande manifestation pour protester contre l’assassinat de patriotes par les occupants allemands. À l’origine, la manifestation doit avoir lieu gare St Lazare à 18h30, mais des fuites s’étant produites, la décision est prise de manifester de Strasbourg-Saint-Denis à la République. Danielle CASANOVA, André LEROY et Albert OUZOULIAS dirigent l’ensemble de la manifestation d’un point fixe, en face du Cirque d’Hiver. La répression est sévère.

Quelques jours après la rencontre entre OUZOULIAS et Pierre GEORGES se produit l’événement qui se révélera être un des moments forts de la Résistance, le premier assassinat d’un officier allemand, par un autre jeune Draveillois, Maurice LE BERRE. Cet épisode est daté du 8 ou du 13 août selon les historiens (7). Le contexte du lancement de la lutte armée par les Jeunes communistes est détaillé dans la biographie de Maurice LE BERRE.

C’est André LEROY, secrétaire national de la JC, avec qui Maurice travaille dans l’appareil de direction, qui lui avait proposé d’agir. Il avait eu auparavant avec lui un entretien particulier : « Le Parti nous a demandé de faire passer quelques camarades à un autre genre d'exercice. Ce sera dangereux. Bien entendu, tu peux choisir, et rester où tu es si tu le désires » (8). Entre la propagande et l’action armée, Maurice choisit sans hésiter la lutte armée. André LEROY et Albert OUZOULIAS organisent ainsi le premier groupe de combat qui aura notamment à son palmarès l’incendie de l’usine des Isolants de Vitry, l’explosion de la librairie allemande du boulevard Saint-Michel, l’incendie de nombreux garages allemands, l’assassinat des premiers officiers allemands. De petits papillons de papier diffusent le projet des Bataillons : « Pour un patriote fusillé, dix officiers allemands paieront ».

André LEROY précise (9) : « Il a bien fallu un bon mois pour que le mot d’ordre « dix pour un » soit appliqué. Nos camarades essayaient mais n’aboutissaient jamais. Il y avait une très nette hésitation… ». Mais les nazis faisant régner la terreur, il n’y a pas d’autre solution que de riposter. La presse et la radio vichystes se déchaînent contre les « terroristes ». Début septembre 1941, Albert OUZOULIAS rencontre Danielle CASANOVA et André LEROY près de la gare St Lazare. Danielle est porteuse d’un mot d’encouragement écrit par Jacques DUCLOS : « Bravo les jeunes ! Continuez ! Frédéric » (10).

Danielle CASANOVA est arrêtée le 14 février 1942 alors qu’elle vient apporter un peu de charbon aux époux POLITZER. Elle est livrée par la police française à la Gestapo, déportée à Auschwitz où elle meurt le 9 mai 1943. En février et mars, 116 arrestations interviennent parmi les responsables communistes résistants, dont Marie-Claude VAILLANT-COUTURIER, Jacques SOLOMON, Georges POLITZER, Arthur DALLIDET. Le 14 mai, c’est Jean LAFFITTE qui est arrêté.

André LEROY reste seul à la direction des JC jusqu’au 12 mai 1942, date de son arrestation par la police française, à Paris, rue de la Gaîté. Il avait été pris en filature au cours d’une liaison avec des unités de Province. Il est condamné le 17 mai 1943 par la Section Spéciale de Paris à 5 ans de prison et 1200 F d’amende pour “propagande communiste”.

Trois années d’internement et de déportation

André LEROY est interné du 12 mai 1942 au 13 mai 1944 dans les prisons de La Santé, de Poissy, Melun, Chalon-sur-Marne. Dans chacune de ces prisons, il organise la résistance patriotique des détenus et plusieurs tentatives d’évasions collectives. Dans une de ces prisons, LEROY rencontre Jean LLOUBES, militant syndical des PTT. Ils ne se quitteront plus jusqu’à la fin de la guerre.

Le 14 mai 1944, LEROY est déporté à Buchenwald, matricule 51027. Il y restera jusqu’au 11 mai 1945.

Carte du matricule 51027, déporté politique au camp de Buchenwald.

Collection Claude LEROY-ROCHET et Henri LEROY

 

Depuis septembre 1943 et l’arrivée du convoi des « 20 000 », les communistes français figurent en nombre dans les effectifs du camp. La proportion remonte encore en mai 1944 avec l’arrivée des deux grands convois des « 49/50 000 » et des « 53 000 » dont fait partie Marcel PAUL. Très vite Marcel PAUL, André LEROY et Jean LLOUBES s’aperçoivent que les communistes français n’ont pas de liaisons directes avec la direction communiste allemande clandestine dans le camp. Ils prennent les contacts et organisent les discussions (11). André LEROY devient un des principaux organisateurs de l’action clandestine dans le camp. Il est désigné comme délégué du Front national au premier Comité clandestin de défense des Intérêts français.

En novembre 44, André LEROY et Jules FRANK sont envoyés par le Comité Français clandestin en Kommando aux usines Gustloff de Weimar. LEROY est chargé d’organiser la Résistance, de prendre le commandement de tous les patriotes, de préparer une action conjointe des déportés, des prisonniers de guerre et des travailleurs du STO de l’usine. FRANK, qui parlait parfaitement allemand, a pour mission de s’évader et d’organiser l’aide des Français de l’« extérieur » aux déportés.

Mais André LEROY est grièvement blessé lors du bombardement de Weimar le 8 février 1945, au cours duquel la Gustloff est entièrement détruite. On compte environ 150 morts parmi les 400 ou 500 Français du Kommando. FRANK profite de la pagaïe pour s’évader. Deux camarades retrouvent LEROY évanoui, le chargent dans un camion, le rapatrient à Buchenwald. il est soigné au Revier, échappe à la mort et reprend sa place au combat aux côtés de Marcel PAUL, du colonel MANHÈS et des autres membres du Comité de défense des intérêts français (12). Il participe à l’action militaire de libération du camp par les détenus eux-mêmes, le 11 avril 1945, à la tête de la IIIe Brigade.

Il est démobilisé et rapatrié le 29 avril 1945.

L’après-guerre

Dès sa libération, André LEROY reprend le combat pour la paix, la justice sociale et la dignité de l’homme.

De retour à Draveil, il fait la connaissance de ses enfants qui l’ont très peu vu avant la guerre. Son fils Henri, né en 1937, se souvient (13) :

Je ne me souviens pas de mon père avant la guerre, javais deux ans, et il n’était jamais là. Mon premier souvenir date de son arrestation par la police française, on est allés le voir avec ma mère au Palais de Justice à Paris. Une fois, la police française est venue faire une perquisition dans la maison, ils ont tout fichu en l’air, ils cherchaient des papiers, ils sont repartis, ils n’avaient rien trouvé. Je me souviens du jour où il est rentré de déportation. C’était une personne que je ne connaissais pas. Il était gros comme un haricot.

Tout de suite après la guerre, il y a eu beaucoup d’élections. Je l’ai un peu suivi quand il a fait des discours à l’« Orangerie », pour les campagnes électorales, c’était du temps de PAYEN, de PASDELOUP, de THIERRY, de ROTENSTEIN. On allait au « Palace » avec France-URSS.

Ma mère est tombée malade en 1947, ma sœur et moi avons été séparés. C’est ça les enfants de militants.

Claude, la fille d’André, née en 1939, poursuit :

On était deux, il n’y avait pas d’argent dans la famille, personne ne pouvait prendre les 2 à la fois en charge. Mon père est parti à Vienne au moment de la fondation de la FIR (1951). Ma mère est morte en 1953, j’ai rejoint mon père à Vienne cette même année. Après, il a rencontré "Claudine" BARON, de la FNDIRP, ils se sont mariés. Claudine était une résistante, son mari avait été fusillé le 19 mai 1944, elle avait un bébé qui avait à ce moment-là 8 mois qui avait été confié à ses grands-parents quant il avait quelques semaines. On fête les 80 ans de Claudine au mois de juin. Elle est toujours au bureau de la FNDIRP.

Le mari de Claude, fils de Waldeck ROCHET, précise :

Claudine était agent de liaison de FABIEN. Un jour, elle avait un rendez-vous avec lui. Dans la Résistance, les rendez-vous, c’était à l’heure pile, et Fabien était quelqu’un de ponctuel. Il n’était pas là. Et il y avait un curé à côté, c’était FABIEN.

Claude :

Lucie AUBRAC parle de mon père dans ses livres. Ils ont été présentés ensemble à la députation dans le Rhône, dans les années trente, je ne l’avais jamais su.

Je sais que mon père a été torturé dans les prisons françaises. Il n’en parlait pas, mais je sais qu’il l’a été.

Mon père était quelqu’un de très gentil, pas du tout agressif.

Avant la guerre, ma mère a travaillé à la mairie de Draveil, le maire était VERNETTI (1935-1936).

Après la guerre, Claude et Henri se souviennent des visites dans la maison familiale de Draveil de Léo FIGUÈRES (et de son eau-de-vie de prune) et de Guy DUCOLONÉ.

À la Libération, André LEROY siège à l’Assemblée Consultative provisoire au titre des Forces Unies de la Jeunesse Patriotique. Il devient Secrétaire général de l’UJRF (Union de la Jeunesse Républicaine de France) de 1946 à 1948 et membre du Comité central du PCF.

Pendant 35 ans, il se consacrera à la direction de plusieurs organisations nationales et internationales de déportés.

Réunion d'une organisation de résistants. Collection Claude LEROY-ROCHET et Henri LEROY

 

Il épouse Claudine BARON, une héroïque résistante rescapée du camp de Ravensbrück, qui poursuit la même lutte que lui.

Il est, avec Marcel PAUL et F.H. MANHÈS, l’un des fondateurs de la FNDIRP (Fédération Nationale des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes) dont il devient secrétaire général en 1949. Il est élu membre de la présidence de la FNDIRP en 1970 et en devient le Président délégué en 1978 jusqu’à sa mort.

En 1951, LEROY participe avec MANHÈS à la fondation de la FIR (Fédération Internationale des Résistants) dont il sera le premier Secrétaire général, de la fondation de la FIR jusqu’à son IVe Congrès (Varsovie, 13-16 décembre 1962) . Il habite alors à Vienne (Autriche, siège de la FIR). En 1951-1952, il est membre, au titre de la FIR, de la Commission administrative (conseil d'administration) du Centre Jean Moulin de Fleury-Mérogis créé par la FNDIRP pour la réinsertion des déportés.

Il anime plusieurs autres organisations de résistants, il est membre notamment du Comité international des survivants des camps hitlériens et Président de l’Association française des anciens de Buchenwald-Dora.

En 1967, la FNDIRP édite un gros ouvrage de référence, « La Déportation », fruit d’un travail collectif dirigé par André LEROY. En 1968, cet ouvrage est couronné par L’Académie de Sciences morales et politiques.

LA DÉPORTATION

(Nouvelle édition, FNDIRP)

Un livre vrai et nécessaire. La plus riche documentation sur le système concentrationnaire  nazi. Cet ouvrage couronné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques, présente  en hors texte des dessins de Picasso et de Fernand Léger, des dessins d'enfants déportés, la carte des camps en quatre couleurs, la liste de plus de 1000 lieux de déportation et  d'internement

Impression en bichromie plus deux encarts en quadrichromie sur papier couché demi mat 135 g. 306 pages, format 24 x 31 à la française.Couverture toilée, bleu nuit. 
Près de 500 documents iconographiques et cartographiques. Chronologie.

 

Parallèlement, André mène une activité tournée vers l’international, en faveur de la paix et des peuples opprimés. Il fut par exemple un des animateurs du comité français pour une Grèce démocratique, au temps des Colonels.

Au moment de la guerre d’Indochine, il appelle les jeunes appelés à l’insoumission. Cela lui vaut de recevoir le 8 juillet 1949 une assignation à comparaître au Tribunal de Première Instance de Paris pour avoir “1) adressé une provocation à des militaires dans le but de les détourner de leurs devoirs militaires et de l’obéissance qu’ils doivent à leurs chefs, 2) provoqué à l’insoumission des hommes appelés ou rappelés sous les drapeaux. Article incriminé : “En avant, jeunesse de France” dans le n° 166 de “L’Avant-Garde”.

André LEROY décède dans sa 70e année le 13 mars 1982, il repose au cimetière du Père-Lachaise. Lors de ses obsèques, de nombreuses personnalités lui rendent hommage, louent son efficacité, sa modestie, sa détermination, son courage, son calme, sa gentillesse. Pierre SUDREAU, le parrain de LEROY lorsqu'il avait reçu la Légion d’honneur, déclare qu’il avait « mieux compris au contact d'André LEROY ce qu'étaient certains aspects de notre vie politique. J'ai pu apprécier, à Buchenwald, l'esprit d'ouverture, la dignité et le courage du communiste André LEROY. Et j'ai pleinement compris toute l'ignominie du gouvernement de Vichy qui traitait les communistes comme de la vermine dont il fallait se débarrasser simplement parce qu'ils étaient communistes. On ne sait pas assez combien ce gouvernement de collaboration avec les nazis a agi au mépris de toutes les lois de l'humanité ».

André LEROY repose au Père-Lachaise avec ses amis déportés Marcel PAUL et Frédéric-Henri MANHÈS

Collection Martine GARCIN

 

Décorations et reconnaissance

• FTPF du 01.08.1941 au 12.05.1942. (Certificat FFI). Commandant FTP-FFI à partir du 01.05.1942, homologué Commandant dans le grade d’assimilation, 20.12.1949.

• 23.10.1947 : Citation à l’Ordre du Corps d’Armée avec attribution de la Croix de guerre avec étoile de Vermeil.

• Carte de Combattant volontaire de la Résistance, 25 juin 1954 (constate l’appartenance de son titulaire pendant une durée d’au moins 90 jours à la Résistance). Médaille du Combattant volontaire de la Résistance.

• Carte du Combattant, 22 juillet 1954. Croix du Combattant.

• Carte de déporté résistant, 6 novembre 1954. Médaille de la déportation et de l’internement pour faits de résistance.

• Croix du Combattant Volontaire 1939-1945, 25 mars 1970.

• Chevalier de la Légion d’Honneur, 13 novembre 1978. (Commandant honoraire, Déportés-Résistants, Armée de Terre). Croix de Guerre 1939-1945 avec palme.

   
 

Martine Garcin
Février 2004
Mise à jour : 9 juillet 2010



(1) Entretien Claude LEROY-ROCHET, Henri LEROY, M. ROCHET, fils de Waldeck, avec MG, mai 2001, Draveil
(2) Lise LONDON, Le Printemps des camarades, Seuil-Mémoire, 1996
(3) Albert OUZOULIAS, Les Bataillons de la Jeunesse, Éditions sociales, 1967
(4) Le Parti communiste dans la Résistance, Éditions sociales, 1967
(5) Albert OUZOULIAS, Les Bataillons de la Jeunesse, Éditions sociales, 1967
(6) Voir le site internet consacré à Danielle CASANOVA : http://curagiu.com/casanova.htm
(7) Albert OUZOULIAS, dans Les Fils de la nuit, Grasset, 1975, indique "quinze jours avant l’opération de Fabien au métro Barbès" (21 août 1941), c'est à dire vers le 6 août. Gérard WALTER dans Paris sous l’occupation, Édition Armand Colin, et Claude ANGELI et Paul GILLET, dans Debout, Partisans !, Fayard, donnent la date du 13 août. Emmanuel de CHAMBOST donne la date du 8 août dans La direction du PCF dans la clandestinité (1941-1944), L’Harmattan, 1997. Roger PAYEN, témoin de la préparation, situe l'action dans la nuit du 12 au 13 août 1944. Voir son témoignage.
(8) Claude ANGELI et Paul GILLET, Debout, partisans !, Fayard, 1970
(9) Alain GUÉRIN, Chronique de la Résistance, Omnibus, 2000
(10) Albert OUZOULIAS, Les Bataillons de la Jeunesse, Éditions sociales, 1967
(11) Pierre DURAND, La Résistance des Français à Burenwald et à Dora, Messidor, 1991
(12) Pierre DURAND, Les Armes de l’espoir, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éditions sociales, 1977
(13) Entretien Claude LEROY-ROCHET, Henri LEROY, M. ROCHET, fils de Waldeck, avec MG, mai 2001, Draveil
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31 mars 2009, 21 octobre 2015