Grèves de Draveil-Vigneux
2 juin - 7 août 1908
Cent jours de grève


Revendications des grévistes

 

La grève a touché les terrassiers et les ouvriers travaillant sur les dragues, sur l’élévateur, sur les chalands.

Syndicat : 32e section de la Fédération des Carriers, Chaufourniers, dont le siège est à Bourges, affilié à la CGT. 32e section : plus de 800 membres, Secrétaire : Jacques RIBAUD.

Jacques RIBAUD: « Le métier de terrassier et de débardeur est exténuant. Pour y résister, il faut boire, boire d’une façon permanente. On dépense, dans les périodes de grande chaleur, jusqu’à 50 sous par jour en boissons. Quand il gèle, il faut de l’alcool pour se réchauffer car on a bien souvent les pieds dans l’eau ».

Les terrassiers qui travaillent au découvert gagnent 0,50F par h, ou s’ils sont à la tâche, pas plus de 6F en 12h.
Sur les dragues, les manœuvres gagnent 0,30F de l’heure.
Débardeurs à la grue : à la tâche, équipes de 6, 2 à chaque benne, 0,29F le m3, 0,34F quand la terre est mouillée. Pas de limite horaire journalière, parfois jusqu’à 16 h, jusqu’à vidage complet du bateau.
Débardage à la pelle : 0,34F le m3. On peut débarder 2 m3 par heure. On vide surtout à la pelle les bateaux qui apportent le produit des égouts de Paris. C’est un travail horrible. Quand on pique sur ses corps d’animaux en décomposition, il se dégage une odeur !
Débardage à la brouette, à la « choucarde », plus dangereux que les autres car si on prend mal la passerelle, on peut être jeté à l’eau.

 

Principales revendications

  1. Augmentations de salaires :
    • débardeurs : 70 centimes de l'heure au lieu de 50,
    • débardeurs à la grue, pelle ou brouette : 1F de l'heure,
    • capitaines d'élévateurs et de dragues : 250 F par mois au lieu de 200,
    • mécaniciens, chauffeurs et capitaines mariniers : 230 F par mois au lieu de 180 ;

  2. Suppression du travail à la tâche (car certaines journées atteignent 16 à 18h, d'autres sont entièrement sans travail, plus de 100 jours de chômage par an) ;

  3. Heures supplémentaires payées double ;

  4. Travail de nuit interdit pour les débardeurs à la grue, pelle ou brouette ; pour les autres, 1F de l'heure ;

  5. Journée de 8heures pour les débardeurs à la grue, pelle ou brouette ; 10 heures pour les autres ;

  6. Repos hebdomadaire obligatoire le dimanche ;

  7. Suppression des chefs de chantier tenant débit de boisson ;

  8. Paie à la semaine ;

  9. Reconnaissance du syndicat.

 

Accord de reprise du travail

Le travail reprend le 8 août après un accord signé entre délégués patronaux et délégués du syndicat ouvrier ; les salaires augmentent de 7,5 % à 32 %, jusqu'à + 65 % pour les heures de nuit et les heures supplémentaires :

  1. Pour les ouvriers des sablières et les chauffeurs de drague, augmentation de 5 centimes de l'heure ;
    Ouvriers des sablières : 0,55 F/h au lieu de 0,50 (+ 10 %)
    Chauffeurs de drague : 5,90 F/j au lieu de 5,40 (+ 0,50 F/j, + 9,3 %)

  2. Maintien du travail à la tâche mais augmentation de 6 centimes par m3 de terre enlevée avec débardeurs à la grue et de 11 centimes au débardeur à la pelle ;
    Débardeurs à la grue :
    0,35 F/M3 au lieu de 0,29 (+ 6c, + 21 %)
    Terre mouillée : 0,45 F/M3 au lieu de 0,39 (+ 6c, + 15 %)
    Mauvaise terre : 0,50 F/M3 au lieu de 0,44 (+ 6c, + 14 %)
    Résidus des égoûts : 0,35 F/M3 au lieu de 0,29 (+ 6 c, + 21 %)
    Débardeurs à la pelle :
    0,45 F/M3 au lieu de 0,39 (+ 6 c, + 15 %)
    Terre mouillée : 0,55 F/M3 au lieu de 0,49 (+ 6 c, + 12 %)
    Mauvaise terre : 0,60 F/M3 au lieu de 0,49 (+ 11 c, + 22 %)
    Résidus des égoûts : 0,45 F/M3 au lieu de 0,34 (+ 11 c, + 32 %)

  3. Mécaniciens de grue : 215 F/m au lieu de 200 (+ 15 F/m, + 7,5 %)
    Capitaines : 225 F/m au lieu de 200 (+ 25F/m, + 12,5 %)
    Chauffeurs de drague : 5,90 F/j au lieu de 5,40 (+ 0,50 F/j, + 9,2 %)
    Tireurs de ficelles : 150 F/m au lieu de 120 (+ 30 F/m, + 25 %)

  4. Indemnités de déplacement de 3 F par jour pour tout travail à plus de 4 km du chantier ;

  5. Heures de travail de nuit et heures supplémentaires payées 0,825 F au lieu de 0,50 (+ 65 %) ;

  6. Journée de 10h (au lieu de 12, 14 ou 16h ; on a vu des ouvriers travailler 36h d'affilée) ;

  7. Repos hebdomadaire obligatoire le dimanche ;

  8. 2 repos d'un quart d'heure à 8h et 15h ;

  9. Suppression des débits de boisson tenus par les chefs de chantier ;

  10. Faculté pour les ouvriers de toucher des acomptes ;

  11. Réparation des outils des ouvriers ayant quinze jours de présence, à la charge des patrons (rechargeage des pioches environ 2,50 F tous les 8 jours, raffilage, 0,30 F) ;

  12. Création d'emplois nouveaux pour certaines tâches autrefois imposées :
    marinier pour la manœuvre des grues,
    un mousse pour les courses,
    des tireurs de ficelles là où l'emploi n'existait pas.

  13. Mesures d'hygiène, désinfection des bateaux d'égoûts, précaution de sauvetage.

La reconnaissance définitive du syndicat n'est pas obtenue, mais les ouvriers ont la certitude qu'en raison des résultats obtenus, ils serreront les coudes autour de l'organisation syndicale.

 


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Mise à jour :
20 avril 2008